Le cabinet du ministre du Travail nous apprenait, le 22 janvier dernier, que le salaire minimum augmenterait de 50 cents de l’heure pour atteindre un total de 16,60 $ le 1er mai 2026. Pour les travailleuses et travailleurs à pourboire, l’augmentation sera de 40 cents de l’heure pour atteindre un maigre 13,30 $. Cette hausse représente donc une augmentation de 3,1 % autant pour le salaire général que pour le salaire à pourboire. Quel est l’impact sur nos finances ?

Il est vrai que l’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 3,2 % en décembre 2025 par rapport à décembre 2024. Toutefois, lorsque nous regardons les détails, nous remarquons que la nourriture a augmenté de 5,1 % et le logement de 5,3 % dans la même période. Or, la nourriture et le logement représentent la plus grande part des dépenses des travailleuses et travailleurs, surtout pour celles et ceux qui sont au salaire minimum. Cette hausse du salaire minimum est insuffisante pour vivre et encore moins pour améliorer sa situation.

Le salaire minimum est-il un revenu viable ?

Dans son communiqué, le ministre du Travail semble très fier de nous rappeler que son gouvernement a beaucoup augmenté le salaire minimum depuis 2019. Dans les faits, s’agit-il d’un écran de fumée ou d’une réelle aide pour la classe ouvrière ? En avril 2025, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) publiait son calcul du revenu viable. Pour rappel, le revenu viable est défini comme le « taux horaire nécessaire pour sortir de la pauvreté ». Il s’agit donc du revenu minimum pour payer l’ensemble des factures (survivre) et avoir un peu de marge de manœuvre pour les imprévus (vivre). En somme, c’est le strict minimum pour vivre dignement.

Dans la région de Montréal, en avril 2025, le revenu viable s’élève à 40 084 $ pour une personne seule et à 52 285 $ pour une famille monoparentale avec un-e enfant en CPE. Pour l’atteindre, une personne seule doit travailler 40 heures par semaine à un salaire de 20,87 $ de l’heure. S’il s’agit d’une famille monoparentale, il faut que le salaire soit de 27,23 $ de l’heure pour arriver à joindre les deux bouts. Or, malgré ce qu’en dit le ministre, nous sommes très loin du revenu nécessaire pour vivre hors de la pauvreté…

Finalement, qu’est-ce que tout ceci nous dit ? Que le gouvernement propose, encore une fois, une augmentation du salaire minimum pour plaire aux boss. En effet, ces derniers préfèrent garder leurs profits pour eux en brandissant la menace de pertes d’emploi si jamais le salaire minimum était trop augmenté ! Or, c’est un mythe à défaire, car des études démontrent plutôt qu’une augmentation significative du salaire minimum attirerait plus de gens sur le marché du travail, favorisant plus de demande pour des biens et services et donc la croissance économique globale. Comme le dit l’expression, il a offert le minimum syndical pour garder la classe ouvrière tranquille.

Des inégalités qui ne cessent d’augmenter

La rémunération des cadres supérieurs est en explosion depuis quelques années. Selon l’Observatoire québécois des inégalités, les présidents-directeurs généraux (PDG) des plus grandes entreprises québécoises gagnent 236 fois plus que le salaire annuel moyen, soit une rémunération moyenne de 14,8 millions de dollars. Cette rémunération tient compte des salaires, mais également de différentes formes de primes, telles que les bonus en argent et les options d’achat d’actions. Cela vaut également pour le secteur public, on nous apprenait récemment que la masse salariale des hauts dirigeants de Santé Québec et du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a presque doublé depuis la réforme du ministre Christian Dubé et que les cadres, les hauts fonctionnaires du gouvernement et les dirigeants universitaires ont touché un pactole en 2025 tout en voyant leur salaire gonfler à des niveaux stratosphériques

Pendant ce temps, le salaire minimum est en dessous du revenu viable d’au moins 4 $ de l’heure (25,7 %) pour une personne seule. L’accroissement de ces inégalités a des conséquences sociales graves. Il est donc nécessaire de réclamer une véritable hausse de salaire qui profiterait directement aux travailleurs et travailleuses les moins bien payés, principalement les jeunes et les femmes. C’est dans cette optique que le comité Droit au travail milite activement dans la campagne intersyndicale « Minimum 20 $ ». Reprenons ce qui est à nous ! La richesse est créée par les travailleuses et travailleurs, il faut récupérer notre juste part.

Si cette lutte vous appelle, les membres du comité Droit au travail seront heureux de vous accueillir.

Solidarité, camarades !

Par Godefroy Borduas, Responsable du comité Droit au travail du CCMM–CSN