Un devoir de mémoire pour les femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones
24/02/2026
  • Autochtones
  • Condition féminine
  • Diversité sexuelle et pluralité des genres
La robe rouge est un symbole puissant de commémoration et d’action pour les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées (FFADA/2SLGBTQI+) au Canada, mettant en lumière la violence disproportionnée qu’elles subissent.

En janvier 1992, le corps de Cheryl Ann Joe est retrouvé dans le Downtown East Side, un quartier de Vancouver connu pour son extrême pauvreté. Cheryl Ann était membre de la Nation shíshálh, située sur la côte sud (Sunchine Coast) de Colombie Britannique. Le 14 février suivant, Linda, sa mère et quelques dizaines de personnes se rassemblent à l’endroit où la macabre découverte a été faite en mémoire de Cheryl Ann.

Ce qui se voulait à l’origine un événement communautaire est devenu une tradition. En effet, depuis 34 ans, cette initiative a été reprise un peu partout. De nos jours, c’est dans plus de 20 villes aux États-Unis et au Canada qu’une Marche commémorative est organisée le 14 février. Celle de Montréal part du Square Cabot depuis plusieurs années.

Depuis la première marche, le nombre de femmes, de filles et de personnes bispirituelles autochtones disparues sans laisser de traces atteint des sommets astronomiques. Les femmes autochtones sont 4 fois plus susceptibles d’être victimes d’actes violents que les femmes non autochtones. Elles représentent 16 % des victimes d’homicide et 11 % des femmes disparues alors que les autochtones ne constituent que 4,3 % de la population canadienne (source). L’Assemblée des Premières Nations revendique la mise en place des actions issues de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Partout, on entend des messages de solidarité, de bonne volonté. Pourtant, il n’y a pas eu de grands changements dans les dernières années.

Avec son projet de loi 1 (loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec), le gouvernement caquiste nie, une fois de plus, le droit à l’autodétermination des 11 peuples autochtones qui partagent la province avec nous. Tout récemment, Sipi Flamand, chef atikamekw (communauté de Manawan) s’est vu refusé l’entrée à une salle d’audience à l’Assemblée nationale avec son bâton d’aigle, un objet spirituel. Les tentatives de réconciliation sont très superficielles et tentent souvent de nier la culture et les traditions des Premiers Peuples.

Depuis le début de 2026, il y a eu 6 féminicides au Québec. SIX. Deux d’entre elles sont des femmes autochtones. Les conditions de vie dans les communautés autochtones, les traumas intergénérationnels issus des pensionnats, mais aussi d’années d’abus et de mépris ne se guériront pas sans mesures concrètes et fortes de la part des gouvernements provinciaux et fédéral. La reconstruction passe par la réappropriation culturelle et l’émancipation. La réconciliation passe par la reconnaissance des faits, des vécus et des torts historiques. La route sera longue et l’attitude paternaliste, colonialiste et raciste du gouvernement caquiste ne facilitera pas les choses.

Une marche annuelle ne règlera pas la situation. Mais — et nous y allons depuis plusieurs années — chaque année, il semble y avoir un peu plus de monde, malgré le froid de février. Les prises de paroles sont parfois mobilisantes, parfois d’une infinie tristesse. Ce 14 février, une femme a témoigné de la détresse qu’elle vit après la disparition de sa fille. Une autre femme a témoigné des violences qu’elle a subies, une autre a parlé de la résilience et de la force des femmes autochtones.

Cette marche est, malheureusement, une nécessité. Pour que, dans les rues de Montréal, on entende parler des femmes, des filles et des personnes bispirituelles assassinées et disparues. Pour que, dans les rues de Montréal, on se souvienne que nous sommes sur des terres dont la nation Kanien’kehà:ka est la gardienne. Pour qu’un jour, nous puissions célébrer une réelle réconciliation.

Chantal Ide, secrétaire générale du CCMM–CSN

Responsable politique du dossier autochtone