Lutte syndicale à l’usine Tornel au Mexique
07/04/2026
  • Solidarité internationale

Le 18 mars 2026, une violente attaque a été perpétrée contre les travailleuses et travailleurs de l’usine de pneu de la compagnie Hulera Tornel à Tultitlán au Mexique. Lors de cette attaque, plusieurs personnes ont subi des blessures, dont quatre par balles. Cette attaque s’inscrit dans le cadre de tactiques d’intimidation antisyndicale, puisque, le 22 mars, un vote pour prolonger la grève devait avoir lieu.

Les 1051 salarié-es de l’usine avaient débuté leur grève le 23 février. Elles et ils revendiquent un salaire adéquat, une semaine de travail de 40 heures et le respect des lois du travail. Il ne s’agit pas de nouvelles demandes, puisqu’en 2017, l’employeur avait déjà sabré dans leurs conditions de travail à la suite de la signature d’un contrat de travail pourtant inférieur à la loi. Cette situation peut nous sembler étrange puisqu’ici, on ne peut pas signer de convention collective en deçà des dispositions prévues dans les normes.

Pour s’y retrouver, il faut ajouter quelques éléments contextuels.

D’abord, rappelons qu’une réforme historique des lois de travail au Mexique est en cours. Celle-ci touche, entre autres choses, au régime syndical. Des mécanismes doivent être mis en place pour éviter la trop grande emprise des syndicats corrompus (les charros, comme on les appelle au Mexique) sur les syndiqué-es. En février dernier, le Sénat mexicain a approuvé l’instauration, pour 2030, de la semaine de travail de 40 heures. Aujourd’hui, la semaine de travail est de 48 heures et bon nombre travaillent 6 jours par semaine. À partir de 2027, et pour toutes les années suivantes, la semaine de travail sera graduellement réduite de 2 heures. Le salaire minimum en 2026 est de 315 pesos par jour, soit à peu près 25 $.

Tornel est la dernière entreprise qui fabrique des pneus au Mexique. Fondée en 1933 par un homme d’affaires mexicain, l’entreprise a été rachetée en 2008 par JK Tyre, une entreprise transnationale indienne, présente un peu partout dans le monde.  L’entreprise ne jouit pas d’une bonne réputation : en 2017, trois des usines Tornel ont été fermées sous prétexte d’incertitude financière. La lutte syndicale a permis la réouverture de deux des trois usines, car on a pu démontrer qu’il s’agissait d’une stratégie pour augmenter les profits plutôt que d’un réel problème financier. D’ailleurs, en 5 ans, il y a eu trois grèves à l’usine de Chennai en Inde. Au Mexique, JK Tyre s’est rapidement acoquiné avec la Confederación de Trabajadores de México (CTM), une organisation syndicale bien connue pour ses pratiques corporatistes, allant de la corruption aux contrats pro-employeurs.

La grève actuelle est ancrée dans cet historique de non-respect des droits. Comme les pneus Tornel sont vendus aux États-Unis et au Canada, une plainte a pu être déposée en vertu du mécanisme de réponse rapide de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM). Les principales revendications de cette plainte sont la protection immédiate des travailleurs et de leurs familles, le respect intégral du contrat de travail et la condamnation publique des attaques par les autorités mexicaines,

Dans ce contexte, les travailleuses et travailleurs de l’usine Tornel ont fait preuve d’un courage et d’une solidarité à toute épreuve. Malgré la violente attaque à laquelle ils ont dû faire face, la participation au vote pour prolonger la grève a été massive. 883 personnes ont choisi de poursuivre cette lutte historique.

Le Conseil central du Montréal métropolitain — CSN salue le courage des travailleuses et travailleurs de l’usine Tornel. C’est déjà difficile de faire valoir ses droits quand les choses vont relativement bien, mais, quand, en plus, nos vies et nos santés sont menacées, c’est un acte de courage et de dévouement incommensurable. Les luttes de nos camarades du Mexique sont une inspiration pour nous et nous démontrent, une fois encore, que la solidarité doit aller bien au-delà de nos frontières, particulièrement alors que nous faisons face à une montée de l’autoritarisme partout sur la planète.

 ¡Hasta la victoria siempre!

Chantal Ide

Secrétaire générale du CCMM-CSN

Responsable politique solidarité internationale