La « transition » on l’entend à toutes les sauces : énergétique, numérique, climatique. Toutefois, lorsque c’est le gouvernement ou les entreprises privées qui en parlent, il ne faut pas être dupe. Trop souvent, il s’agit de se donner un vernis vert tout en « crinquant » la pompe à fric. Qu’on pense à Northvolt, aux tentatives de privatisation d’Hydro-Québec ou au projet de troisième lien, le bilan environnemental de la CAQ est désastreux.

À la CSN, on parle plutôt de transition juste. Ce n’est surtout pas une formule creuse pour verdir le discours, Puisque c’est une revendication qui provient du mouvement syndical, de nos luttes et de notre expérience concrète du travail. Ce n’est pas nouveau : dès le départ, des travailleurs du pétrole, du nucléaire et de la chimie, notamment celles et ceux affiliés à l’Oil, Chemical and Atomic Workers Union (OCAW), affirmaient qu’on peut défendre à la fois notre santé, notre sécurité et des emplois respectueux de l’environnement qui bénéficient aux travailleuses et travailleurs comme à toute la population.

On veut répondre à la crise écologique en améliorant nos conditions de vie. Le mouvement syndical cherche donc à imposer l’idée d’une économie plus verte et plus inclusive, qui ne laisse personne derrière. Pour y arriver, il faut s’attaquer au cœur du problème : le capitalisme, un système économique qui concentre le pouvoir économique entre les mains d’une minorité et qui traite les animaux, les humains et l’environnement comme autant de ressources à exploiter pour enrichir quelques privilégiés.

On est devant une double crise : une crise sociale, d’abord, où, malgré la richesse inouïe qui est produite, de plus en plus de gens peinent à se loger, se soigner et se nourrir ; et une crise écologique, ensuite, où la surproduction dépasse les limites de la planète. Bref, on produit trop, mais pas assez de ce qu’il nous faut vraiment !

Doit-on vraiment choisir entre nos emplois ou la planète ?

Devant ce constat, on essaie pourtant de nous faire croire que protéger l’environnement serait une menace pour la classe ouvrière et qu’il faudrait choisir entre notre emploi et la planète. Ceux qui gagnent à nous mettre devant ce faux choix sont les mêmes qui profitent d’une logique économique qui démarre les guerres, sabote les écosystèmes, fait monter le coût de la vie, privatise les services publics et attaque nos droits sociaux.

La transition juste, c’est abandonner les activités qui détruisent le vivant afin d’enrichir quelques-uns, et créer des emplois décents qui répondent aux besoins réels de la population. C’est revendiquer le pouvoir de réorienter l’économie vers ce qui est vraiment utile : du logement abordable, des infrastructures durables, un système d’éducation et de santé qui répondent à nos besoins, du transport collectif efficace et accessible, des énergies propres, etc.

Nous sommes convaincu-es qu’il est possible de travailler dignement tout en améliorant notre sort et celui de la planète. Il y a bien plus d’ouvrage à bâtir une économie qui garantit une vie décente à nos enfants qu’à contribuer à l’extinction qu’impose le jeu du capitalisme sauvage. La transition juste pose donc la vraie question : qui décide, pour produire quoi, et au bénéfice de qui ?

Au quotidien, on contrôle très peu ce que nous produisons et les raisons qui déterminent la production des biens et services. Défendre nos droits syndicaux, c’est lutter pour le pouvoir d’influencer les choix économiques au travail comme dans la société. Devant les attaques rangées de la CAQ il s’agit de prendre les moyens nécessaires pour non seulement riposter, mais passer à l’offensive avec nos alliés des mouvements sociaux pour engendrer le monde qu’on mérite. C’est pour ça que le conseil central appelle à FAIRE FRONT :

Faire front pour le droit d’association et contre les attaques au droit des travailleurs ;

Faire front et pour des services publics déprivatisés, décentralisés, démocratiques ;

Faire front contre l’austérité ;

Faire front pour la planète ;

Faire front contre le projet d’extinction capitaliste.

Pierre-Olivier Parent, responsable du comité environnement du CCMM-CSN

A Half Century of “Just Transition” Chad Montrie

Just Transition: Learning From the Tactics of Past Labor Movements  Olúfẹ́mi O. Táíwò