La CAQ sur les pas de Trump
30/09/2025
  • Billet de blogue

Depuis que François Legault a annoncé qu’il donnait raison aux jeunes caquistes qui souhaitent attaquer les organisations syndicales, nous sommes sur le pied d’alerte. Ce gouvernement nous a habitués à sortir des lapins de son chapeau dès qu’un groupe lui déplait. La CAQ vise de plus en plus clairement à affaiblir les contre-pouvoirs qui jouent un rôle essentiel en démocratie. La classe ouvrière organisée n’y fait pas exception et nous subissons attaque après attaque, et ce, depuis des années. 

Cette lubie de s’en prendre aux organisations syndicales, aux travailleuses et travailleurs, ainsi qu’aux personnes les plus vulnérables, est typique d’un parti autoritaire en déclin qui cherche par tous les moyens possibles à s’accrocher au pouvoir.  

Legault se comporte comme un mini-Trump qui fait taire, par tous les moyens à sa portée, les voix dissonantes. Le mal-nommé comité des sages est une attaque méprisante aux droits et à la dignité des personnes 2ELGBTQIA+ . Les politiques caquistes sur l’immigration sont autant d’attaques racistes aux droits des personnes immigrantes. Les lois qui encadrent les signes religieux sont des attaques islamophobes et sexistes. Impossible de faire ici l’inventaire de toutes les attaques, elles pleuvent depuis que la CAQ est au pouvoir. Pour faire face à ces attaques, nous devons opter pour une posture de résistance alors que nous, notre rôle, est de revendiquer l’élargissement des droits de toutes et tous. 

Vers une réforme du « régime syndical »

La dernière attaque caquiste au moment d’écrire ces lignes : rendre facultative une partie des cotisations syndicales. Je ne m’étendrai pas sur les couches de bureaucratie supplémentaires qui devront être mises en place pour que ça fonctionne. L’objectif serait, entre autres, d’empêcher les organisations syndicales de participer à des mouvements sociaux « qui ne sont pas liés directement à la représentation des membres ». Nous ne pourrions plus faire de dons à des groupes citoyens, de campagnes publicitaires, ou contribuer financièrement à des recours devant les tribunaux. Rien de moins.

Le CCMM–CSN contribue à de nombreuses causes sociales — tout comme la CSN et ses organisations affiliées. Pensons aux différents organismes que nous appuyons : l’Union des travailleuses et travailleurs accidentés (UTTAM), le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (IWC-CTI), le Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail (CIAFT), le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), parce que oui, beaucoup de nos membres sont locataires — ou encore le Camp Vol d’été Leucan. Ces organismes sont essentiels pour faire entendre la voix de toutes et tous. Si on nous coupe les ailes, la seule voix qui sera entendue, c’est celle du patronat, qui lui, préserve tous ses droits en plus d’avoir des fonds en abondance pour faire valoir ses intérêts. 

À la CSN et dans toutes ses organisations affiliées, incluant le Conseil central du Montréal métropolitain, TOUS les membres ont le droit de demander à voir les états financiers et nous avons le devoir de les présenter. La transparence financière est d’une importance cruciale pour avoir la confiance de nos membres. Si les entreprises privées, les organismes gouvernementaux et la CAQ se pliaient à une telle rigueur, le Québec irait bien mieux. 

La CAQ aime jouer sur les mots. Bien que le prétexte soit de moderniser une loi, vouloir rendre facultatives une partie des cotisations syndicales représente un recul important pour les droits des travailleuses et travailleurs, quel que soit leur métier, leur origine, leur genre et leurs positions politiques.  

Le but derrière cette manœuvre: affaiblir les syndicats

Soyons clairs : ce que tente la CAQ avec ce type de discours, c’est faire taire toute source d’opposition. Si les centrales syndicales n’ont plus les outils financiers pour défendre des positions qui déplaisent au gouvernement, on n’a qu’à penser au maintien de nos réseaux publics. Par exemple, il y a un risque réel de réduire les débats démocratiques dans toute la société québécoise. De moins en moins de voix organisées oseront s’élever pour protester au risque de voir leur financement coupé.

La CAQ prévoit d’ailleurs tenir une discussion sur l’interdiction de porter un masque lors d’une manifestation et sur l’organisation des campements. Encore une fois, nous sommes dans une logique répressive et autoritaire, digne d’un scénario orwellien.  

Le rôle social des organisations syndicales serait mis à mal si nous étions forcés à nous limiter à la négociation de convention collective, puisque notre rôle est de promouvoir et défendre les intérêts des travailleuses et des travailleurs. Les intérêts de la classe ouvrière vont bien plus loin que nos conditions de travail : il s’agit de nos conditions de vie, de nos conditions d’études, de nos conditions de soins, de nos conditions de retraite… N’oublions pas que les victoires issues des luttes collectives soutenues par les organisations sociales mènent souvent à des mesures sociales bénéficiant tant aux syndiqués qu’aux non-syndiqués.

Le patronat dispose de ses lobbyistes et d’un accès privilégié aux bureaux des ministres — surtout quand ceux-ci sont d’anciens avocats patronaux, dirigeants d’entreprises ou courtières immobilières. C’est une évidence que leurs intérêts ne sont pas les nôtres, et que la CAQ sert les intérêts des classes dirigeantes et non ceux de la classe ouvrière. 

L’objectif de ces lois, c’est de criminaliser davantage les opinions divergentes dans la société québécoise et de faire de nous des moutons obéissants pour enrichir le patronat et les amis du parti. 

Suivre les pas de Trump ne règlera pas les problèmes du Québec. Bien au contraire. 

Chantal Ide, secrétaire générale, Conseil central du Montréal métropolitain–CSN