De quoi le Stade IGA est-il le nom ? 
08/09/2026
  • Billet de blogue

Par Bertrand Guibord, président du CCMM–CSN 

Depuis des semaines, la mobilisation des citoyennes et citoyens contre l’agrandissement du Stade IGA du parc Jarry s’organise autour du Front commun pour la protection du parc Jarry, sous le slogan « Pas un pouce de plus ». En très peu de temps, les opposantes et les opposants à l’expansion du stade ont réussi à mettre l’enjeu à l’ordre du jour, à faire connaître leurs arguments et à construire une véritable unité autour de cette cause. Comme c’est souvent le cas, le CCMM–CSN est fier d’offrir son appui et de contribuer à une mobilisation citoyenne inspirante.

Les arguments mis de l’avant par le Front commun se concentrent autour de l’utilisation du parc par les personnes résidantes et les résidents ainsi que sur la nécessité de préserver des espaces verts. Ce sont des arguments très valides et qui suffisent à s’opposer à l’expansion du stade qui accueille l’Omnium Banque Nationale à Montréal. Cependant, ils laissent aussi dans l’ombre un élément fondamental de cette lutte : l’opposition des intérêts de classe entre les plus riches qui appuient le projet d’expansion et les résidantes et les résidents du quartier qui le dénoncent. Un excellent article de Marie-Élaine Guay dans le journal The Rover l’explique d’ailleurs très bien. 

Car non seulement Tennis Canada souhaite augmenter son emprise sur le parc Jarry, mais l’organisme souhaite aussi le faire aux frais des Québécoises et des Québécois. La facture s’élèverait à plusieurs centaines de millions de dollars, pour un projet dont l’acceptabilité et l’utilité sociale sont à tout le moins douteuses, sinon inexistantes. Alors qu’à quelques mètres du parc, des gens dorment sous des tentes, est-ce vraiment le projet élitiste d’un nouveau stade pour un sport professionnel qui devrait être financé ? Autrement dit, on redistribuerait encore une fois la richesse vers le haut, vers celles et ceux qui n’en ont pas besoin.

Contrairement à ce que plusieurs tentent de faire croire, on ne peut pas invoquer l’argument selon lequel le tennis ne serait pas vraiment un sport de riches. D’une part, en ce qui concerne l’Omnium Banque Nationale, c’est manifestement faux, puisque des millionnaires y jouent contre des millionnaires, dans un tournoi organisé par et pour des millionnaires. D’autre part, les joueuses et joueurs amateurs n’ont pas besoin d’un stade d’un demi-milliard de dollars pour pratiquer leur sport. Un terrain de quartier ou une cour d’école suffisent à leur bonheur. Les seuls bénéficiaires de l’agrandissement du Stade IGA seront donc les riches qui organisent le tournoi ou y participent. 

Comme le souligne Martin Leclerc dans son article au titre évocateur « Lentement mais sûrement, Tennis Canada colonise le parc Jarry », on ne peut pas non plus faire miroiter des promesses de retombées économiques reliées à la tenue du tournoi pour justifier une telle dilapidation de fonds publics et d’espaces verts. Ces sommes seraient beaucoup mieux employées pour construire des logements sociaux, rénover des hôpitaux et des écoles, ou financer les services publics. 

On en est donc là : une classe de privilégiés veut encore une fois faire payer l’ensemble de la population pour financer un projet dont elle sera la seule à bénéficier, au détriment du monde ordinaire. Non contents de s’enrichir par l’exploitation de notre travail, ils veulent que nos impôts, plutôt que de servir à répondre à nos besoins, financent leurs loisirs. Il n’y a aucune raison pour laquelle nous accepterions de le faire.  

La semaine dernière, la Banque Nationale annonçait 3,8 milliards de profit pour la période de neuf mois qui se terminait le 31 juillet 2026. Si elle souhaite disposer d’un nouveau stade pour le tournoi qu’elle commandite, qu’elle le paie à même ses profits. Au besoin, elle pourra demander de l’aide à IGA, dont la compagnie mère a réalisé un « maigre » profit de 700 millions en 2025. 

Les grandes corporations, les riches et puissants nous rient au visage. Ils veulent faire passer leurs intérêts pour les nôtres, et se pensent assez subtils pour nous convaincre que leur donner toujours plus d’argent, c’est travailler au bien-être de l’ensemble de la population. Nous ne sommes pas dupes ! Ce n’est pas d’un nouveau stade de tennis dont nous avons besoin, mais de services et d’infrastructures publics qui répondent à nos besoins en matière de logement, de santé et de services sociaux, d’éducation, et en général de solidarité sociale. 

Tout cela, les riches et les politiciennes et politiciens à leur service le savent très bien. Nous n’avons pas à leur faire comprendre la situation, mais bien à nous organiser pour imposer la volonté populaire et faire en sorte que ce soient les besoins de la population, et non pas ceux de l’élite, qui prédominent. Pour y arriver, nous devons être unis, solidaires et déterminés, comme le sont les militantes et militants du Front commun pour la protection du parc Jarry.